Sept ans après: Quelques vérités à vous dire!

  Huffpostmaghreb  Actualité    26 Ajouté le: 13/01/18

  "La révolution tunisienne a suscité autant la surprise et l'admiration, que l'interrogation, la perplexité ou la déception. Elle a fini par recevoir une reconnaissance universelle, car tel est bien le sens de l'événement, par l'attribution du prix Nobel. Prix Nobel de la paix, il pourrait toutefois être considéré comme le prix de la révolution ". C'est par ces mots que le Professeur Yadh Ben Achour commence son essai intitulé Tunisie, une révolution en pays d'islam. Au moment où paraît ce livre, la partie la plus consciente de la classe moyenne tunisienne avait les yeux tournée vers le bouleversement économique qui est en train de s'accomplir. Le problème des exploitations fiscales d'une bonne partie des tunisiens paraît attirer particulièrement l'attention et susciter le plus vif intérêt. Cela n'est pas étonnant, si l'on considère que, dans ce domaine, la rupture avec le passé est plus sensible qu'ailleurs. Mais pour apprécier la véritable valeur des nouvelles contestations populaires suite à l'adoption de la nouvelle loi de finance, il faut se faire, au préalable, une conception générale des attentes populaires au court de ces sept années postrévolutionnaires. Aussitôt instaurée, la Deuxième République tunisienne n'a pas cessé de multiplier les tentatives pour trouver une sortie du sous-développement. La diversité des expériences entreprises en matière de croissance et de développement prouvent la constance de cette préoccupation majeure. Néanmoins, le système hérité de la Première République n'a cessé d'être renforcer. Durant ces dernières années, le pays a adopté un modèle économique axé sur l'exploitation fiscale de la classe moyenne, dans le cadre duquel les investissements et la croissance ont surtout concerné les régions côtières et une élite bureaucratique aux commandes économiques et politiques du pays. De manière générale, l'on pourrait dire que la Tunisie avait deux visages: Il y avait les régions côtières, de plus en plus intégrées dans l'économie mondiale, et il y avait les régions de l'intérieur du pays, fortement dépendantes des aides de l'État sous forme de transferts sociaux et de politiques d'aide. Les attentes de la révolution devaient s'avérer donc vaines car au fond rien n'a changé. Les années 2011 à 2017 virent une dépréciation flagrante du dinar tunisien, l'appauvrissement de la petite bourgeoisie des villes et une augmentation préoccupante des dettes extérieures. Elles virent des assassinats politiques, le retour des barons de l'Ancien Régime et l'augmentation du tôt de la corruption. Ces années virent aussi la remontée d'un discours officiel de plus en plus autoritaire, despotique et éloigné des préoccupations du peuple. Depuis 2011, l'ensemble de la classe politique tunisienne veut se donner une nouvelle virginité! Mais pour l'ensemble des tunisiens, la classe politique a montré ses limites et son incapacité de servir le peuple. En outre l'oubli inacceptable de la réalisation des objectifs de la Révolution, la marche forcée, et parfois zélée, vers un libéralisme sauvage a significativement contribué à l'élargissement du fossé entre une jeunesse déprimée et une classe politique qui cherche que les honneurs du pouvoir. Dans ce climat politique tendu, agité et nerveux, il n'y a rien de plus propre à rappeler les politiciens et les membres du gouvernement à la modestie devant la réaction du peuple même si un bon nombre d'entre eux croient que la Révolution tunisienne est un accident local et passager dont il s'agit seulement de tirer parti. Dans cette pensée, ils conçoivent des desseins, font des préparatifs, contractent des alliances secrètes; ils se disputent entre eux à la vue de cette proie prochaine, se divisent, se rapprochent, mais toujours loin des préoccupations populaires. Urgence sociale, urgence économique, urgence éthique, aucune de ces urgences ne sera honorée sans une réforme profonde des mentalités et de la philosophie politique. Car chacune de ces urgences ne peut être pleinement satisfaite que par une implication réelle des acteurs politiques. Pour réussir les changements annoncés, pour tenir les promesses faites, il faut donc une bonne volonté. C'est un préalable, une condition sine qua non et plus encore un critère pour apprécier la sincérité de la classe politique. Pour paraphraser François Mitterrand, une démocratie solide a besoin de l'oxygène pour survivre. Cet oxygène doit se chercher dans la volonté du peuple que Jean-Jacques Rousseau appelle "le souverain". L'heure est au bilan mais elle tombe au pire moment. La crise économique pèsera lourdement sur cette opération. Mais en dépit de l'influence considérable du fait économique sur l'esprit révolutionnaire, les Tunisiens ont établi dans les faits une relation entre la citoyenneté et démocratie dans son sens grec. Les politiciens n'auront donc qu'une existence ponctuelle et éphémère, à travers la consultation électorale, alors que souveraineté réelle continue, en dépit des calculs des palais, à faire partie des charges citoyennes. Pour preuve, on a qu'analysé le symbolisme de la campagne "Fech Nestannew ?" (Qu'est-ce qu'on attend ?).Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook. Lire la suite »

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